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PRAG PRCE

Lettre ouverte des PRAG et PRCE de l’Université Lyon1 à l’attention de M. Lionel Collet en sa qualité de président de l’université Lyon 1 et de président de la Conférence des Présidents d’Universités

						Lyon, le 29 janvier 2009

Monsieur le Président de l’Université Claude Bernard Lyon 1, cher collègue,

Nous souhaitons rappeler en mémoire les décrets relatifs aux statuts des professeurs agrégés et des professeurs certifiés qui nous disposent à « assurer des enseignements dans des établissements d’enseignement supérieur ». Après avoir réussi les concours d’enseignement nous conférant nos statuts, nous avons été recrutés à l’université en reconnaissance spécifique de notre aptitude à enseigner dans le supérieur.

A l’échelle nationale, quelque 14000 PRAG-PRCE assurent un volume de cours équivalent à celui de 28000 enseignants-chercheurs. Nous faisons pleinement partie de la communauté universitaire française et sommes, nous aussi, même si cela paraît l’être plutôt par défaut, visés par les réformes en cours. Nous le pensons, puisque la seule référence à notre groupe d’enseignants consiste en une brève remarque de Mme Pécresse qui a tenu à préciser, à propos des PRAG et PRCE, « qu’une grande partie des mesures destinées aux enseignants-chercheurs les concernent tout autant » (lors de la conférence de presse du 20 octobre 2008).

Aussi partageons-nous les inquiétudes de nos collègues enseignants-chercheurs. Comme eux, nous voulons conserver un statut de fonctionnaires d’état, avec des obligations de service et des carrières définies nationalement. Nous nous opposons au passage à l’autonomie des universités, ainsi qu’au processus de refonte du statut des enseignants-chercheurs, telles que ces réformes se présentent actuellement. Nous pensons qu’elles risquent de mettre en péril le service public auquel nous sommes fiers d’appartenir.

Notre mission est d’assurer un service d’enseignement et de diffusion de la culture et des résultats de la recherche, ce qui nécessite une somme de travail considérable, souvent au-delà de ce qu’un employeur peut attendre dignement de ses salariés. C’est pourquoi il nous paraît inconcevable d’accroître davantage cette charge de travail par des responsabilités supplémentaires. Au contraire, il serait souhaitable de réfléchir sans tarder à comment il sera possible de rétablir des conditions acceptables de travail, avec des rémunérations et des perspectives de carrière motivantes – à l’intérieur de notre statut même, tout autant que par des dispositifs nous permettant d’évoluer vers un statut d’enseignant-chercheur.

Nous assurons notre mission dans des conditions sans cesse dégradées – inflation des effectifs d’étudiants, recours massif à des enseignants précaires (vacataires et contractuels) qui ne permet pas vraiment des concertations de toutes les équipes d’enseignants – faute de créations de postes suffisantes. Nous demandons que nos collègues « précaires » soient titularisés au sein de la fonction publique d’état.

Nos salaires doivent être revalorisés et nos perspectives d’avancement et d’évolution doivent également être améliorées. Un trop grand nombre de collègues, faute d’un salaire suffisant, est contraint de recourir aux heures complémentaires pour s’assurer des revenus décents. D’autres sont contraints d’accepter de prendre en charge, souvent bénévolement ou presque, des fonctions administratives lourdes, sans reconnaissance ni pour le travail réalisé, ni en termes de carrière et encore moins en terme pécuniaire.

Nous soumettons à votre lecture et réflexion quelques points forts explicatifs d’un mécontentement grandissant parmi les enseignants PRAG / PRCE.

1) Rôle et fonction des PRAG / PRCE au sein de l’université Lyon 1

Dans toute la discussion autour de la refonte du statut des enseignants-chercheurs au sein de l’université, aucune des parties prenantes ne se prononce clairement quant à la place des enseignants ayant un statut de l’enseignement secondaire. Nous pensons néanmoins que réorganiser la contribution des enseignants-chercheurs au fonctionnement de l’université (enseignement / recherche / tâches administratives et de direction) aura immanquablement des répercussions sur la place des enseignants ayant le statut de PRAG ou de PRCE et l’évolution de celle-ci au sein de l’université. Le groupe de ces enseignants représente au sein de notre université Lyon 1 une fraction significative des enseignants : environ 390 personnes, comparé aux presque 1800 enseignants-chercheurs. Il serait souhaitable que l’université se prononce clairement, idéalement via Monsieur le Président, au sujet de ces interrogations qui préoccupent de manière croissante les personnels ayant ce statut. Parmi les questions, sans que cette liste puisse être comprise comme exhaustive, figurent notamment : - La modulation des services des enseignants-chercheurs ne risque-t-elle pas de créer une pression supplémentaire sur les conditions de travail des PRAG / PRCE et ceci à deux niveaux : o si les enseignants chercheurs sont clairement sollicités pour s’investir davantage dans la recherche, les PRAG / PRCE ne seront-ils pas amenés à assumer des cours qui ne pourront plus l’être au sein du groupe des collègues enseignants-chercheurs ? o les PRAG /PRCE ne seront-ils pas davantage mis à contribution pour assumer des tâches administratives permettant le fonctionnement correct de leurs composantes ? Ces tâches, à ce jour déjà largement assumées par les PRAG / PRCE, alourdissent au-delà du raisonnable la charge de travail sans être reconnues par les instances universitaires. N’est-il pas à craindre que la plus forte implication des enseignants-chercheurs dans la recherche nécessite une reprise de certaines fonctions par les PRAG / PRCE ? - Les tâches administratives seront-elles prises en charge dans le cadre des heures statutaires ou sous forme d’heures complémentaires ? - La règle pour les enseignants PRAG / PRCE de l’équivalence « 1 heure TP = 1 heure TD » sera-t-elle maintenue ?

2) Pérennité de la place des PRAG / PRCE au sein de l’université Lyon 1

Il serait également important d’obtenir des assurances sur la pérennité des postes de PRAG / PRCE en tant que tels au sein de l’université. Le mouvement actuel de déplacement des priorités sur les aspects « recherche », entendus au détriment de l’enseignement, ne serait-il pas susceptible de mettre en cause, à moyen / long terme , la place des enseignants PRAG / PRCE dans l’université ?

3) Promotion de l’évolution professionnelle des PRAG / PRCE au sein de l’université Lyon 1 Nous constatons déjà dans notre exercice professionnel de tous les jours qu’assumer 384 heures de cours par année et prendre en charge des tâches administratives et des fonctions souvent lourdes au sein de nos composantes aboutit à une surcharge structurelle de travail. Cette surcharge n’est ni reconnue sur le plan de la carrière, ni rémunérée comme elle devrait l’être à ce jour. Avec les éléments exposés ci-dessus, on doit s’attendre à ce qu’elle s’accentue encore. Dans une telle situation, il est peu imaginable que les enseignants PRAG / PRCE pensent à leur évolution de carrière (rédaction de thèse, participation à la recherche) pour obtenir à terme des postes d’enseignants-chercheurs de statut de MCF. Nous craignons par ailleurs que l’université n’ait aucun projet structuré pour faciliter une telle évolution qui nous paraîtrait pourtant souhaitable.

4) Promotion dans la carrière des PRAG / PRCE

Nous nous posons la question de l’évolution des carrières des PRAG / PRCE à l’intérieur de leur statut. A l'heure actuelle les enseignants de statut second degré recrutés dans l'enseignement supérieur souffrent déjà d'un avancement dans les échelons plus lent que leurs collègues enseignant en collège et lycée, du fait de l'absence d'inspection. Ce système, qui ne dépend pas de la seule université de rattachement du poste, sera-t-il maintenu, ou est-ce que l’université aura désormais un poids plus important dans la décision de qui avancera et qui ne sera pas promu ? Nous craignons, dans le cas d’une plus forte implication des universités devenues autonomes dans ce système, qu’apparaissent des inégalités de situations en fonction de l’université de rattachement entre enseignants de même statut et faisant preuve de la même implication dans leur travail.

Nous espérons, Monsieur le Président et cher collègue, que nos réflexions et interrogations retiennent toute votre attention. Nous pensons que l’ensemble des collègues PRAG/PRCE affectés à l’université et leur situation de travail méritent davantage d’attention et d’intégration dans les discussions actuelles. Nous comptons sur votre entier soutien et une réponse positive et satisfaisante afin d’améliorer significativement les conditions de travail au sein de l’université, avec ou sans les réformes qui se dessinent actuellement à l’horizon.

Veuillez croire, Monsieur le Président, à notre attachement au service public.

Pour l’ensemble des enseignants PRAG / PRCE

B Hofmann, W Fize, S Commaret-Scott