Françoise Pécaut-Tison

Mathématicienne née le 6 août 1927 à Soorts-Hossegor (Landes), décédée le 29 juillet 2023 à Avignon (Vaucluse), connue comme Françoise Tison, Françoise Maurer-Tison, Françoise Pécaut-Tison ou Françoise Pécaut.

Notice rédigée pour L’Archicube (n° 37 bis, mars 2025), avec le concours de ses enfants, tout particulièrement Sylvie Pécaut.

Françoise Tison était l’aînée d’une famille de cinq enfants, deux frères et deux sœurs qu’elle aimait beaucoup et qui disparurent avant elle, du fait de sa longue vie et à sa grande tristesse.

Lorsqu’il s’installe à Hossegor au milieu des années 1920, son père Henri Tison est un entrepreneur originaire de la Sarthe. Peu après la naissance de Françoise, il crée « La Bordelaise », société de construction qui contribue à l’essor de la nouvelle station balnéaire. La mère, Germaine Vanvincq est originaire des environs de Pau. Elle est l’une des premières femmes bachelières et a fait des études de droit à Bordeaux.

Les cinq enfants sont instruits par leur mère à la maison jusqu’à ce qu’elles et ils entrent au collège à Bayonne. Les garçons, Jacques et Philippe, deviendront à leur tour entrepreneurs et perpétueront la société de construction, qui existe encore aujourd’hui sous le nom de Tison & Gaillet. Les filles feront toutes des études supérieures. La première sœur de Françoise, Claudine Amiel Tison, sera pédiatre et pionnière en néonatalogie, et la cadette, Annette Tison, deviendra architecte et créera dans les années 1970 la série culte des Barbapapa.

Françoise, quant à elle, fait des classes préparatoires scientifiques au lycée Montaigne à Bordeaux et entre à l’ENS Sèvres en 1947 parmi 16 « compagnes » de promotion scientifiques. Nous disposons d’un témoignage exceptionnel sur cette promotion 1947 S dans l’article écrit par Françoise Tison elle-même, à la demande de Josiane Serre, dans le Bulletin de la Société des Amis de l’École normale supérieure (n°219, mars 2001, pages 49-52).

Elle y rend notamment hommage à Yvonne Bruhat, « exemple prestigieux et proche », et à André Lichnerowicz, un « professeur exceptionnel ». Agrégée de mathématiques en 1950, elle enseigne pendant trois années scolaires au lycée mixte de Fès (Maroc) avant d’entreprendre une carrière universitaire remarquable.

Du côté de sa vie privée, Françoise Tison se marie en 1954 avec Gérard Maurer (1924-1998), professeur agrégé de géographie et docteur ès lettres, spécialiste de la géomorphologie du Rif Central. Elle se remarie en 1966 avec Pierre Pécaut (1930-2013), ingénieur agronome, spécialiste du développement de l’amélioration des plantes légumières et directeur de la station INRA d’Avignon. Elle a quatre enfants qui deviendront respectivement médecin, architecte, ingénieur chercheur en cristallographie et ingénieur.

Le déroulement de sa carrière universitaire commence par son entrée au CNRS en 1955. Elle soutient en 1958 une thèse d’État sous la direction d’André Lichnerowicz dans le domaine de la géométrie différentielle et de la théorie de la relativité, publiée aux Annales de l’École normale supérieure en 1959[1].

Nommée maître de conférences à la Faculté des sciences de Bordeaux en 1958, elle obtient une mutation à la Faculté des sciences de Marseille et elle est promue professeure au Centre universitaire d’Avignon en 1965. Elle s’implique dans la création de l’université d’Avignon, qui voit le jour en 1984, et en sera la présidente de 1988 jusqu’à son départ en retraite en 1992.

Dans l’hommage qu’il lui rend, celui qui a succédé à « Madame le Président », Bernard Blavoux, la décrit comme « une dame tenant tête à une assemblée composée en majorité d’hommes », « une personne entière qui s’engage, se donne à fond dans toutes les tâches qu’elle entreprend, d’où quelquefois, une certaine impatience quand les affaires n’avancent pas assez vite ».

De fait, Françoise Pécaut-Tison plaide ses dossiers avec conviction et obtient des résultats remarquables. On lui doit la création, au sein de cette toute nouvelle université, de plusieurs formations dans des disciplines allant du droit aux mathématiques en passant par l’allemand, l’histoire, la biologie, la chimie et l’informatique, ainsi que le démarrage de l’IUT, la fondation de l’UFR Sciences et Langages Appliqués et la construction de nouveaux bâtiments.

Lors de la réception donnée pour sa promotion au grade de Commandeur dans l’ordre des Palmes Académiques en 1996, son « rôle primordial dans le développement et le rayonnement de l’université d’Avignon » est à nouveau souligné.

Les travaux scientifiques de Françoise Pécaut-Tison relèvent principalement de la géométrie mais elle s’intéresse à bien d’autres sujets, comme lorsqu’elle anime un séminaire d’analyse p-adique lors de son arrivée à Avignon. Outre des articles de recherche aux Comptes Rendus de l’Académie des sciences et dans d’autres revues scientifiques, elle publie des notes de séminaire[2], ainsi que des ateliers dans le Bulletin Vert, bulletin de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (APMEP).

Elle est également l’autrice d’un livre intitulé « Pavés et bulles. Éléments de cristallographie mathématique », édité par l’APMEP (1977), sujet sur lequel elle donne des conférences et fabrique elle-même toutes sortes d’objets magnifiques en bois, papier, céramique, etc. Elle a même une forme à son nom, le « Pécautier », dont on a pu voir un exemplaire fabriqué par des élèves de lycée professionnel lors d’une exposition à la Livrée Ceccano à Avignon en 1985.

Françoise Pécaut-Tison aimait son travail et sa famille, plonger dans les vagues de l’océan, les repas arrosés comme il se doit et les balades du dimanche, faire du vélo y compris sur de longues distances, l’art et les langues étrangères, faire de la moto et conduire vite. Elle était généreuse aussi bien avec ses enfants et petits-enfants que ses élèves.

Déterminée depuis son plus jeune âge et curieuse de tout, elle fera face aux injustices faites aux femmes et défendra leur rôle dans le milieu universitaire pendant toute sa carrière. Professeure honoraire, elle restera active jusqu’à la fin de sa vie. La maladie l’a emportée chez elle, entourée des siens, quelques jours à peine avant ses 96 ans.


[1] Maurer-Tison, F. Aspects mathématiques de la théorie unitaire du champ d’Einstein. Ann. Sci. Éc. Norm. Supér., III. Sér. 76, 185-269 (1959).

[2] Variétés de Grassmann et cellules de Schubert : Séminaire B. Morin de géométrie. 1971-1972 / exposés et rédaction de F. Pécaut ; Faculté des sciences de Marseille.