Michelle Schatzman

Faire une place aux femmes dans la science en général et dans les mathématiques en particulier, c’est faire une place à ce monde qui vient.

(Michelle Schatzman – 2002)

Michelle Schatzman, née le 8 décembre 1949 et morte le 20 août 2010, est une héroïne des mathématiques, brillante et atypique.

Sa carrière de mathématicienne commence et s’achève au CNRS. Entre-temps, elle est professeure à l’université Claude Bernard Lyon 1. Elle y dirige pendant huit ans le laboratoire de mathématiques appliquées (MAPLY), commun avec l´École centrale et l’Insa de Lyon, l’un des ancêtres de l’Institut Camille Jordan dans le paysage académique lyonnais.

Parler du spectre scientifique de Michelle Schatzman est comme un clin d’œil à son intérêt pour les « pseudo-spectres » (des matrices de Toeplitz), qu’elle décrit volontiers comme la « galerie des horreurs », elle qui, à l’occasion, se caricature en une effrayante « CroqueMichelle ». Son spectre donc, est aussi large qu’éclectique. Si ses travaux concernent surtout l’analyse non-linéaire et l’analyse numérique, elle adore aller chercher des idées dans d’autres domaines mathématiques. Comme la géométrie algébrique, dont elle extrait des outils pour concevoir des algorithmes plus efficaces en analyse numérique. Des travaux malheureusement entravés par la maladie, contre laquelle elle lutte pendant plusieurs années, et interrompus par son décès prématuré.

Revendiquant de faire des « mathématiques appliquées, pas applicables », elle va néanmoins puiser des problèmes en mécanique et en physique. Elle laisse notamment son nom au modèle dit de Chapman–Rubinstein–Schatzman pour la supraconductivité. Elle laisse aussi et surtout des travaux pionniers sur la plupart des problèmes qui l’intéressent, à défaut d’être « à la mode », et qui sont ensuite repris internationalement : la mécanique non-régulière (avec obstacles), les méthodes numériques de haute précision (en particulier par décomposition d’opérateurs), l’analyse des systèmes hyperboliques, celle des systèmes elliptiques, etc. Un travail avait une saveur particulière pour elle : celui sur les transitions de phase où elle démontre avec son ami et collaborateur Piero de Mottoni (1943 – 1990), disparu trop tôt lui aussi, le lien entre les équations de réaction-diffusion et le mouvement par courbure moyenne.

Dotée d’une personnalité optimiste et attachante – bien que parfois irritante – elle fait preuve d’un enthousiasme communicatif, notamment auprès des jeunes qu’elle forme à la recherche : une vingtaine de thèses en tout, sans compter celles et ceux qu’elle qualifiait avec humour de « clandestins », dont la plupart font de très belles carrières académiques.

Femme engagée, elle l’est en particulier pour la place des femmes en mathématiques. Même si elle se décrit comme un « homme généralisé », elle est membre de l’association Femmes et mathématiques depuis sa création en 1987 et contribue à ses actions à sa manière. Tout comme elle va au-devant des jeunes et du grand public, pour partager sa passion des mathématiques en tant que « pur produit de l’école publique », reconnaissante au contribuable de lui permettre d’exercer cette passion. Michelle Schatzman, qui était sensible aux médailles et en reçut si peu, serait sans doute très fière de voir son nom sur la Tour Eiffel. Nous le sommes pour elle.

On pourrait croire que les matheux (et les matheuses) sont froids, abstraits, ennuyeux, sans passions, en un mot plus robots qu’humains. […] En travaillant avec mes étudiants en thèse, je me suis rendu compte que les modes de réflexion des uns et des autres sont tous différents, tous singuliers, mais qu’il n’y a jamais de petit robot sans affects qui ferait des bonnes maths. (Michelle Schatzman – 23 octobre 2009)

Références