3 Points selles (Niveau L2-L3)

Les points critiques a qui ne sont pas des extrema peuvent être de différents types. L’absence d’extrema peut être visible sur une droite passant par a s’il y a un point d’inflexion (comme pour x↦x3 dans ℝ) et il peut y avoir des points critiques qui sont des maxima dans certaines directions et des minima dans d’autres. Ces points ont un certain intérêt et seront nommés points selles.

Définition B.3.

Soit U⊂ℝn et f:U→ℝ et a∈U.

  1. 1.
    ​

    Soient deux sous-espaces vectoriels F et G supplémentaires ℝn=F⊕G (c’est à dire F∩G={0} et ℝn=F+G) On dit que a est un point selle (resp. point selle local) de f selon la décomposition ℝn=F⊕G si a est un minimum (resp. minimum local) pour la restriction f|a+F de f au sous espace affine a+F, et si a est un maximum (resp. maximum local) pour la restriction f|a+G de f au sous espace affine a+G. On parle de point selle si il existe une telle décomposition.

  2. 2.
    ​

    Si f de classe 𝒞1. Soit a un point critique de f, un sous espace vectoriel H⊂ℝn est un plan d’inflexion si pour toute droite Δ passant par a inclus dans a+H, f|Δ n’a pas d’extrema local en a.

Remarque B.1.

La décomposition F⊕G d’un point selle n’est pas forcément unique et on ne demande rien en dehors (a+G)∪(F+a), en particulier, il peut y avoir des plans d’inflexion en un point selle (ex f⁢(x,y)=x2−y2+(x−y)3, (0,0) est un point selle local dans la décomposition (ℝ⁢,0)⊕(0,ℝ) car x2+x3 a un minimum local en 0 et −y2−y3 un maximum local, de même (0,0) est un point selle dans la décomposition ℝ⁢(1,1/2)⊕ℝ⁢(1/2,1) mais ℝ⁢(1,−1) est une droite d’inflexion)

Proposition B.5.

Soit f:U→ℝ de classe 𝒞1

  1. 1.
    ​

    Si a est un point selle de f, c’est un point critique de f.

  2. 2.
    ​

    Si f est 𝒞2 et a est un point critique de f. Si D2⁢f⁢(a) est non-dégénérée, ni positive ni négative, alors a est un point selle local de f.

  3. 3.
    ​

    Si a est un point critique de f H est un plan d’inflexion en a de dimension d⁢i⁢m⁢(H)>n/2 alors a n’est pas un point selle local. De plus si f est 𝒞2 pour tout h∈H, D2⁢f⁢(a)⁢(H,H)=0.

Démonstration : 

Pour (1) on remarque qu’il suffit de montrer d⁢f⁢(a)=0 ce qui ne dépend pas de la base de ℝn on peut donc supposer a point selle pour la décomposition F=ℝk×{0}, G={0}×ℝn−k. Comme f restreint à a+F à un minimum local, les k premières dérivées partielles s’annulent, les n-k dernières s’annulent à cause du maximum sur a+G, d’où d⁢f⁢(a)=0.

La preuve de (2) nécessite quelques bases d’algèbre linéaire. Pour (2), comme D2⁢f⁢(a) est non dégénérée, les valeurs propres de H⁢(f)⁢(a) (les racines du polynôme X↦d⁢e⁢t⁢(H⁢(f)⁢(a)−X⁢i⁢d)) sont non nulles. Comme la matrice D2⁢f⁢(a) n’est ni positive ni négative, il y a à la fois des valeurs propres λ positives et négatives. Soit F l’espace vectoriel engendré par les vecteurs propres u (les u∈ℝn tels que H⁢(f)⁢(a)⁢u=λ⁢u qui existent car si d⁢e⁢t⁢(H⁢(f)⁢(a)−λ⁢i⁢d)=0, H⁢(f)⁢(a)−λ⁢i⁢d n’est pas injective donc a un noyau) des valeurs propres λ strictement positives, et de même G avec les négatives. D2⁢f⁢(a) restreint à F est positive donc f|a+F admet un minimum local et de même pour G.

Pour (3), si d⁢i⁢m⁢(H)>n/2 et supposons par l’absurde a point selle, on a d⁢i⁢m⁢(F)+d⁢i⁢m⁢(G)=n, on a soit d⁢i⁢m⁢(F)≥n/2, soit d⁢i⁢m⁢(G)≥n/2, disons qu’on se trouve dans le premier cas, alors n≥d⁢i⁢m⁢(H+F)=d⁢i⁢m⁢(F)+d⁢i⁢m⁢(H)−d⁢i⁢m⁢(F∩H) implique d⁢i⁢m⁢(F∩H)≥d⁢i⁢m⁢(F)+d⁢i⁢m⁢(H)−n>n/2+n/2−n=0 donc F∩H≠{0} une contradiction car la restriction de f à toute droite dans a+F∩H devrait avoir un minimum local en a et un point d’inflexion à la fois. Si D2⁢f⁢(a)⁢(H,H)≠0, on a vu que cela suffit à ce que f ait un extremum local sur la droite a+ℝ⁢H, vu si ϕ⁢(λ)=f⁢(a+λ⁢H), ϕ′′⁢(0)=D2⁢f⁢(a)⁢(H,H).   □

Théorème B.6.

Soient A⊂ℝn−k,B⊂ℝk des compacts convexes et K:C=A×B→ℝ continue. Si pour tout (a,b)∈C,a∈ℝn−k,b∈ℝk, x↦K⁢(x,b) est convexe et y↦K⁢(a,y) est concave, alors il existe un point de C qui soit un point selle (x0,y0) selon la décomposition ℝn−k×{0}⊕{0}×ℝk autrement dit :

∀x∈A,y∈BK⁢(x0,y)≤K⁢(x0,y0)≤K⁢(x,y0). (B.1)

De plus, (B.1) est équivalente à l’égalité :

Minx∈A⁢Maxy∈B⁢K⁢(x,y)=Maxy∈B⁢Minx∈A⁢K⁢(x,y). (B.2)
Remarque B.2.

On a des M⁢i⁢n et M⁢a⁢x au lieu d’inf et sup car des fonctions continues sur des compacts atteignent leurs bornes (cf. la preuve pour la continuité de x↦Maxy∈B⁢K⁢(x,y) et de façon similaire de y↦Maxx∈A⁢K⁢(x,y).

Dans le cas où f est bilinéaire, ce résultat s’appelle le théorème du min-max de von Neumann. Il a une signification en théorie des jeux. Si f donne la valeur que gagne un joueur A en position x∈U si f⁢(x)≥0 et −f⁢(x) la valeur que gagne le joueur B (et perd le joueur A) si f⁢(x)≤0. Si A ne peut influencer que la direction {0}×ℝk et B seulement la direction ℝn−k×{0}. Alors un point selle est un ”équilibre de Nash” c’est-à-dire un point où ni A ni B n’ont intérêt à changer leur stratégie, car si A change sa stratégie celle de B étant constante, étant donné que le point selle est un maximum, A va perdre en gain, et de même si B change sa position avec celle de A constante, le caractère de minimum dans la direction du changement de B montre que B ne peut que perdre plus.

Démonstration : 
  1. ∙
    ​

    Maxy∈B⁢Minx∈A⁢K⁢(x,y)≤Minx∈A⁢Maxy∈B⁢K⁢(x,y) est toujours vrai. Comme pour tout x∈A,y∈B, Minx∈A⁢K⁢(x,y)≤K⁢(x,y)≤Maxy∈A⁢K⁢(x,y), on déduit en prenant le max : Maxy∈B⁢Minx∈A⁢K⁢(x,y)≤Maxy∈B⁢K⁢(x,y) soit en prenant un M⁢i⁢n en x:

    Maxy∈B⁢Minx∈A⁢K⁢(x,y)≤Minx∈A⁢Maxy∈B⁢K⁢(x,y).
  2. ∙
    ​

    (B.1)⇒(B.2)

    De plus, en considérant (x0,y0) de (B.1), on a :

    K⁢(x0,y0)≤Minx∈A⁢K⁢(x,y0)≤Maxy∈B⁢Minx∈A⁢K⁢(x,y),
    K⁢(x0,y0)≥Maxy∈B⁢K⁢(x0,y)≥Minx∈A⁢Maxy∈B⁢K⁢(x,y),

    d’où l’égalité complète en rassemblant les 3 dernières inégalités.

  3. ∙
    ​

    g:x↦Maxy∈B⁢K⁢(x,y) est continue.

    Soit x,xn∈A, xn→x, soit yn (resp t) atteignant le m⁢a⁢x pour xn (resp x) c’est à dire : Maxy∈B⁢K⁢(xn,y)=K⁢(xn,yn). Supposons que g⁢(xn)=K⁢(xn,yn) ne converge pas vers g⁢(x). Par compacité, on peut extraire une suite telle que yϕ⁢(n)→Y. Par continuité de K :

    g⁢(xϕ⁢(n))=K⁢(xϕ⁢(n),yϕ⁢(n))→K⁢(x,Y)<K⁢(x,t)=Maxy∈B⁢K⁢(x,y)=g⁢(x).

    Or K⁢(xϕ⁢(n),t)≤K⁢(xϕ⁢(n),yϕ⁢(n)) donc en passant à la limite par continuité de K, K⁢(x,t)≤K⁢(x,Y)<K⁢(x,t), une contradiction.

  4. ∙
    ​

    (B.1)⇐(B.2) On prend x0∈A réalisant le minimum c’est à dire tel que :

    α=Minx∈A⁢Maxy∈B⁢K⁢(x,y)=Maxy∈B⁢K⁢(x0,y)

    Il existe par la continuité du point précédent et par compacité. De même, il existe y0∈B réalisant le maximum :

    Minx∈A⁢K⁢(x,y0)=Maxy∈B⁢Minx∈A⁢K⁢(x,y)=α.

    Donc pour tout x∈A,y∈B, en utilisant (B.2) pour l’égalité du milieu, on obtient :

    K⁢(x0,y)≤MaxY∈B⁢K⁢(x0,Y)=α=MinX∈A⁢K⁢(X,y0)≤K⁢(x,y0).

    En prenant x=x0, y=y0, on voit α=K⁢(x0,y0), ce qui dit donc que (x0,y0) est un point selle.

  5. ∙
    ​

    Montrons (B.2). Considérons, pour ϵ>0,

    Kϵ⁢(x,y)=K⁢(x,y)+ϵ⁢‖x‖22.

    Comme x↦ϵ⁢‖x‖22 est strictement convexe, il en est de même de Kϵ(.,y) pour tout y∈B (convexe plus strictement convexe donne strictement convexe).

    Montrons que pour tout y, la fonction Kϵ(.,y) a un unique minimum. En effet, si x1≠x2 sont deux minima, par stricte convexité : Kϵ⁢((x+y)/2,y)<Kϵ⁢(x1,y)/2+Kϵ⁢(x2,y)/2=K⁢(xi,y) en contradiction avec le caractère de minimum. Donc on a un unique E⁢(y) atteignant le minimum de Kϵ(.,y) Par le deuxième point (appliqué à −Kϵ⁢(y,x)) fϵ⁢(y)=Kϵ⁢(E⁢(y),y) est continue, donc atteint son maximum en y∗. En conséquence, par la définition de fϵ et le choix de y∗

    fϵ⁢(y∗)=Maxy∈B⁢Minx∈A⁢Kϵ⁢(x,y)=Kϵ⁢(E⁢(y∗),y∗)=Minx∈A⁢Kϵ⁢(x,y∗).

    Soit x∈A,y∈B,t∈]0,1[, on a par concavité :

    Kϵ⁢(x,(1−t)⁢y∗+t⁢y)≥(1−t)⁢Kϵ⁢(x,y∗)+t⁢Kϵ⁢(x,y)≥(1−t)⁢fϵ⁢(y∗)+t⁢Kϵ⁢(x,y).

    En prenant x=E⁢((1−t)⁢y∗+t⁢y), on obtient fϵ⁢((1−t)⁢y∗+t⁢y)≥(1−t)⁢fϵ⁢(y∗)+t⁢Kϵ⁢(E⁢((1−t)⁢y∗+t⁢y),y).

    Vu que y∗ maximise fϵ, en soustrayant et divisant par t, on a :

    fϵ⁢(y∗)≥Kϵ⁢(E⁢((1−t)⁢y∗+t⁢y),y)⁢(∗).

    On veut prendre t→0, voyons que y↦E⁢(y) est continue. Supposons yn→y, et supposons E⁢(yn)↛E⁢(y) par compacité, on a une suite extraite yϕ⁢(n) telle que E⁢(yϕ⁢(n))→Z≠E⁢(y). Par continuité Kϵ(E(yϕ⁢(n))),yϕ⁢(n))→Kϵ(Z,y)>Kϵ(E(y),y),

    l’inégalité stricte venant de l’unicité du minimum d’une fonction strictement convexe.

    Or par définition Kϵ(E(y)),yϕ⁢(n))≥Kϵ(E(yϕ⁢(n))),yϕ⁢(n)) donc en passant à la limite Kϵ⁢(E⁢(y),y)≥Kϵ⁢(Z,y)>Kϵ⁢(E⁢(y),y), une contradiction.

    On a donc montré la continuité de y↦E⁢(y).

    Donc en passant à la limite dans l’inégalité (∗), on obtient : fϵ⁢(y∗)≥Kϵ⁢(E⁢(y∗),y) et ce pour tout y∈B Par ailleurs par définition de fϵ, fϵ⁢(y∗)≤Kϵ⁢(x,y∗). Autrement dit (E⁢(y∗),y∗) est un point selle de Kϵ. Par l’implication (B.1)⇒(B.2), on déduit, vu K⁢(x,y)≤Kϵ⁢(x,y)≤K⁢(x,y)+ϵ⁢D (avec D=M⁢a⁢xx∈A⁢‖x‖22<∞ par compacité) :

    Minx∈A⁢Maxy∈B⁢K⁢(x,y) ≤Minx∈A⁢Maxy∈B⁢Kϵ⁢(x,y)
    =Maxy∈B⁢Minx∈A⁢Kϵ⁢(x,y)≤ϵ⁢C+Maxy∈B⁢Minx∈A⁢K⁢(x,y).

    En prenant ϵ→0, on obtient l’inégalité qui manque pour avoir (B.2) pour K.

□