6 Intégration avancée, espaces Lp

Mesures et mesurabilité: (suite)

Exercice 1   Si Ω={0,1,2,3} trouver la tribu engendrée par ={{3}} puis par ={{1,2},{3}}.

Solution : 
  1. 1.

    Pour ={A}, avec A={0,1,2}, on a vu en cours σ({A})={∅︀,A,Ac,Ω}

  2. 2.

    Pour ={{1,2},{3}}, on note A={0},B={1,2},C={3} forme une partition et Aσ({{1,2},{3}}) car A=(BC)c. Donc σ({{1,2},{3}})=σ({A,B,C}). Par le cours, pour une partition finie, la tribu engendrée est formée des unions finies: donc

    σ({A,B,C})={∅︀,A,B,C,AB,CB,AC,Ω}.

Exercice 2   En utilisant seulement ()=σ({]a,b[,a<b}), montrer que

()=σ({],a],a})=σ({[a,+[,a}).
  1. 1.

    En déduire que deux mesures μ,ν sur () telles que μ(],a])=ν(],a])< pour tout a sont égales (i.e. A(),μ(A)=ν(A)).

  2. 2.

    Soient 𝒯=σ() et μ1 et μ2 des mesures sur 𝒯 telles que μ1(A)=μ2(A) pour tous A. Est-ce que μ1=μ2 ?

Solution : 

(cf. TD)   □

Exercice 3Mesure de Dirac

Soit (Ω,𝒯) un espace mesurable quelconque et soit xΩ. Pour tout A𝒯 on pose

δx(A)={1sixA0sinon

Montrer que δx est une mesure de probabilité.

Solution : 

(cf. TD)   □

Exercice 4Mesure discrètes

Soit (Ω,𝒫(Ω)) un espace mesurable avec Ω au plus dénombrable. On fixe une famille de nombres (μω)ωΩ[0,+]Ω. On définit pour AΩ:

μ(A)=ωAμω.
  1. 1.

    Montrer que μ est une mesure sur Ω.

  2. 2.

    Montrer que μ est une mesure finie (c’est à dire μ(Ω)<+) si et seulement si la famille (μω)ωΩ est sommable.

  3. 3.

    Montrer que μ=ωΩμωδω.

  4. 4.

    Pour h:Ω[0,+], montrer que

    Ωh𝑑μ=ωAh(ω)μω.
Solution : 

(cf. TD)   □

Exercice 5Une mesure image

Soit Ω=([0,1],([0,1]),λ) et f:Ω définie par

f(x)=1[0,2/3](x)+1[0,1/3](x).

Montrer que f est borélienne, puis calculer la mesure image λf de λ par f. Rappel: c’est la mesure sur () définie par λf(B)=λ(f1(B)).

Solution : 

(cf. TD)   □

Exercice 6   Prouver ou réfuter les assertions suivantes:

  1. 1.

    Une partie d’un ensemble négligeable est négligeable.

  2. 2.

    Une union au plus dénombrable d’ensembles négligeables est négligeable.

  3. 3.

    Une union d’ensembles négligeables est négligeable.

Solution : 
  1. 4.

    VRAI, Par définition A est négligeable si il existe B mesurable avec AB et μ(B)=0. Si maintenant AA, on a aussi AB et μ(B)=0 donc A et négligeable.

  2. 5.

    VRAI, Si (An)n0 est une suite d’ensembles négligeables, alors AnBn avec Bn mesurable et μ(Bn)=0. Or une tribu est stable par union dénombrable, donc B=n=0Bn est mesurable et par sous-additivité de la mesure: μ(B)n=0μ(Bn)=0 donc comme A=n=0AnB, on déduit que B est négligeable.

  3. 6.

    FAUX: tout ensemble est union de singletons, par exemple [0,1]=x[0,1]{x} et λ({x})=0 donc {x} négligeable pour la mesure de Lebesgue, mais λ([0,1])=1 donc [0,1] n’est pas négligeable.

Théorèmes de Fubini et Changements de variables

Exercice 7   Soit f0 une fonction mesurable positive μ une mesure σ-finie sur (Ω,𝒯), montrer que pour p]0,[:

fp𝑑μ=0ptp1μ({ω:f(ω)>t})𝑑t.
Solution : 

(cf. TD)

ou Correction de 2021-2022 exercice 6

https://math.univ-lyon1.fr/parcours_matheco/lib/exe/fetch.php?media=programmes_ue_l3:topologie-mesure:feuille6-matheco_2022-2023correction.pdf

Exercice 8   On considère le domaine Δ2 délimité par les droites y=0, y=1, y=2x et y=1+x. Calculer Δxy𝑑x𝑑y.

Exercice 9

Calculer D(x+y)e(x+y)𝑑x𝑑y, où

D={(x,y)2:0x, 0y,x+y1}.

Exercice 10   Soient ν la mesure de comptage sur et ρ=12δ1+12δ1 la mesure de Rademacher. Soit s(x,y)=x+y donnant une fonction s:2. Montrer que la mesure image par s de la mesure produit est s(νρ)=ν.

Solution : 

(cf. TD)   □

Exercice 11   Soient f,g des fonctions mesurables positives sur . On rappelle que f1=|f(x)|𝑑λ(x). On définit la convolution de f,g par:

fg(x)=f(xy)g(y)𝑑λ(y)[0,+].
  1. 1.

    Montrer que fg est, mesurable et que fg1=f1g1.

  2. 2.

    Montrer que la définition de fg s’étend pour presque tout x aux f,gL1(,dλ), que fgL1(,dλ) et fg1f1g1.

Solution : 

(cf. TD)   □

Exercice 12

Soit D=B((0,1),1) dans le plan. Calculer D(x2+y2)𝑑x𝑑y .

Espaces Lp

Exercice 13

Soient (Ω,𝒯,μ) un espace mesuré et fL(Ω,μ), montrer que |f|f μ-presque partout.

Solution : 

(cf. TD)   □

Exercice 14   Soit f(x,y)=1x2+y21[0,1](x2+y2).

  1. 1.

    Montrer que fL1(]0,1[2,λ2). (Indication, on pourra utiliser un changement de variable en coordonnées polaires).

  2. 2.

    Montrer que fL1(]0,1[2,λ2) et calculer f1.

  3. 3.

    En déduire que L1(]0,1[2,λ2) n’est pas inclus dans L2(]0,1[2,λ2).

Solution : 

(cf. TD)   □

Exercice 15   Soient 1p<q+. On rappelle que p() est l’espace vectorielle des séries de puissance p sommable et qu’il coïncide avec p()=Lp(,𝒫(),ν) pour la mesure de comptage ν .

  1. 1.

    Soit un=1(n+1)α. Pour quel α a-t-on unp() ? En déduire que q()p().

  2. 2.

    Soit vn une suite telle que pour tout n, |vn|1, montrer que

    n=0|vn|qn=0|vn|p.
  3. 3.

    Montrer que la boule unité de p() est inclus dans la boule unité de q().

  4. 4.

    Montrer que p()q(), et pour tout vp() vqvp.

Solution : 

(cf. TD)   □

Exercice 16   Soient 1p<q+, λ la mesure de Lebesgue.

  1. 1.

    Montrer que Lq(]0,1],λ) est un sous-espace de Lp(]0,1],λ).

  2. 2.

    Soit fα(x)=1xα. Pour quel α>0 a-t-on fLp(]0,1],λ) ? En déduire que Lq(]0,1],λ) est un sous-espace strict de Lp(]0,1],λ).

  3. 3.

    Soit gα: définit par gα=1(x+1)α1]0,+[(x). Pour quel α a-t-on gαLp(,λ) ?

  4. 4.

    Peut-on comparer pour l’inclusion Lq(,λ) et Lp(,λ)? (justifier)

Solution : 

(cf. TD)   □

Exercices supplémentaires.

Exercice 17   Pour (x,y)[1,1]2, on pose

f(x,y)={xy(x2+y2)2 si (x,y)(0,0)0 sinon
  1. 1.

    Montrer que les intégrales itérées de f existent et sont égales.

  2. 2.

    La fonction f est-elle λ2-intégrable sur [1,1]2 ?

Solution : 

Pour (x,y)[1,1]2, on pose

f(x,y)={xy(x2+y2)2 si (x,y)(0,0)0 sinon
  1. 3.

    Montrons que les intégrales itérées de f existent et sont égales.

    f est continue en dehors de (0,0) et vu que f(x,0)=f(0,y)=0, on a yf(x0,y) et xf(x,y0) sont continues pour chaque x0,y0 fixés, donc boréliennes, on a donc la mesurabilité requise pour parler des intégrales itérées.

    Soit y0, on a |f(x,y)|1/y2, ce qui est une domination par une constante intégrable pour la mesure de Lebesgue sur un intervalle borné [1,1] donc 11f(x,y)𝑑x est bien définie. De plus par imparité (ou changement de variable z=x, on obtient: 11f(x,y)𝑑x=0 pour tout y0. Comme f(x,0)=0, cela est aussi valable pour y=0. La fonction y11f(x,y)𝑑x=0 est continue et manifestement intégrable et on obtient :

    1111f(x,y)𝑑x𝑑y=110𝑑y=0.

    En intervertissant x et y dans l’argument (vu f(x,y)=f(y,x), on voit que

    1111f(x,y)𝑑y𝑑x=110𝑑x=0.

    La conclusion du théorème de Fubini s’applique donc, bien qu’on va maintenant voir que ce théorème ne s’applique pas.

  2. 4.

    Montrons que la fonction f n’est PAS λ2-intégrable sur [1,1]2. Pour cela on va minorer son intégrale par celle sur D={(x,y):x2+y21,x0} (car si on s’attend à une valeur infini, et que le problème soit en (0,0), autant prendre un domaine facile pour les coordonnées polaires et autant éviter x=0 ou y=0 pour faciliter la continuité) par changement de variable en polaire. Comme les fonctions sont positives, il suffit de vérifier qu’elles sont mesurables pour appliquer le changement de variable, mais f est continue sur D comme fraction rationnelle à dénominateur non nul. On obtient:

    [1,1]2|f(x,y)|𝑑λ2(x,y) D|f(x,y)|𝑑λ2(x,y)=01𝑑r]0,2π[{π}r2r4|cos(θ)sin(θ)|𝑑θ
    =]0,2π[|cos(θ)sin(θ)|𝑑θ01𝑑r1r2=+.

    En effet, par les intégrales de Riemann, 1r2 n’est pas intégrable en 0, et peu importe la valeur de l’intégrale en θ, elle est strictement positive par intégrale d’une fonction positive non-nulle (continue donc non λ-p.p. nulle) sur un ensemble de mesure non-nulle (la longueur 2π de l’intervalle).

Exercice 18   Soit D=[0,1]2. Calculer Ddxdy(x+y+1)2 et Ddxdy(x+y)2.

Exercice 19   Soit B={(x,y)2:(x2+y2)<9} . Justifier que l’intégrale B1(x2+y2)2/3𝑑x𝑑y est convergente et donner sa valeur.

Solution : 

On passe en coordonnées polaires (dans le cas positif pour une fonction continue sur B[0,+]×{0} donc mesurable) en remarquant que, vu que λ2([0,+]×{0})=0, on a

B1(x2+y2)2/3𝑑x𝑑y=B[0,+]×{0}1(x2+y2)2/3𝑑x𝑑y=2π091r1/3𝑑r=2π[3r2/32]09=3(9)2/3=37/3

par le cas convergent des intégrales de Riemann.

Exercice 20   Soit D={(x,y)2:(x2+y2)2<xy}. Calculer Dxy𝑑x𝑑y .

Solution : 

Calculons I=Dxy𝑑x𝑑y=21D(x,y)xy𝑑λ2(x,y) qui est l’intégrale d’une fonction positive. On remarque D=D+D avec D±={(x,y)D:±x>0}. De plus avec le changement de variable (x,y)=(x,y), il est facile de voir

21D+(x,y)xy𝑑λ2(x,y)=21D(x,y)xy𝑑λ2(x,y)

On a aussi une symétrie, donc par changement de variable (x,y)=(y,x), on obtient pour C=DB,B={(x,y)D:y>x>0} que

I=Dxy𝑑x𝑑y=21D(x,y)xy𝑑λ2(x,y)=421C(x,y)xy𝑑λ2(x,y).

On pose ϕ(x,y)=(x2+y2,2xy) et si (z,t)=(x2+y2,2xy) on a zt=(yx)2,z+t=(x+y)2, donc on a ϕ:BE={(z,t):zt>0,t>0}, et on déduit que yx=zt,x+y=z+t (vu yx>0 sur C) d’où l’unique (x,y)C vérifiant cela est donné par

ψ(z,t)=(z+tzt2,z+t+zt2)

Ceci montre que ϕ est bijective d’inverse ψ:EB.

De plus, ϕ est clairement C (car polynomiale), on calcule son jacobien :

Jϕ(x,y)=(2x2y2y2x)

d’où det(Jϕ(x,y))=4x24y2<0 sur C (donc non-nulle ce qui implique que Jϕ(x,y) est un isomorphisme linéaire pour tout (x,y)C). Par le théorème d’inversion globale, ϕ est donc un C-difféomorphisme et on déduit que det(Jψ(z,t))=14(ψ1(z,t)2ψ2(z,t)2)=14(z+tzt). On peut donc appliquer le théorème de changement de variable:

I=4B1D(x,y)xy𝑑λ2(x,y)=E1Dψ(z,t)t12(z2t2)𝑑λ2(z,t).

Cela suggère un autre changement de variable(polaire hyperbolique): z=rch(θ),t=rsh(θ), de sorte que z2t2=r2. On pose donc φ(r,θ)=(rch(θ),rsh(θ) qui définit φ:]0,+[2E={(z,t):z>t>0} et z=rch(θ),t=rsh(θ), se résoud en r=z2t2,θ=argsh(tr) vu que le sinus hyperbolique est strictement croissant bijectif. Cela montre donc que φ est bijective.

De plus, φ est clairement C (par produit et sommes de projections et d’exponentielles), on calcule son jacobien :

Jφ(x,y)=(ch(θ)rsh(θ)sh(θ)rch(θ))

donc det(Jφ(x,y))=rch2(θ)rsh2(θ)=r>0 sur son domaine, donc par par théorème d’inversion globale, φ est un C-difféomorphisme. Le cas positif du changment de variable donne donc:

I=E1[0,t](z2)t12(z2t2)𝑑λ2(z,t)=]0,+[21[0,rsh(θ)](r2ch(θ)2)rsh(θ)12rr𝑑λ2(r,θ)

Maintenant 1[0,rsh(θ)](r2ch(θ)2)=1 pour rch(θ)2sh(θ) soit rsh(θ)ch(θ)2. En appliquant le théorème de Fubuni-Tonelli au produit d’une fonction continue positive et d’une indicatrice d’ensemble mesurable, on obtient:

I=12]0,+[𝑑θsh(θ)0sh(θ)ch(θ)2r𝑑r=23]0,+[𝑑θsh(θ)(sh(θ)ch(θ)2)3/2=230+sh(θ)2ch(θ)4ch(θ)𝑑θ

Par dernier changement de variable x=sh(θ), dx=ch(θ)dθ on obtient (vu ch(θ)2=1+sh(θ)2)

I=230+x2(x2+1)2𝑑x=230+1(x2+1)1(x2+1)2dx

Par ailleurs, avec y=1/x,dx=dy/y2, on obtient :

I=230+1(1+1/x2)2dxx2=230+1(1+y)2𝑑y

donc en combinant à la précédente égalité: 2230+1(1+y)2𝑑y=230+1(x2+1)𝑑x soit:

I=1320+1(1+y)2𝑑y=132[11+y]0+=132.

Exercice 21   Soit D={(x,y)2:y22x<0,x22y<0}. Calculer Dex3+y3xy𝑑x𝑑y.

(Indication : poser x=u2v et y=uv2)

Solution : 

On définit (x,y)=ϕ(u,v)=(u2v,uv2). ϕ:]0,+[2]0,+[2 est polynomiale donc C. x=u2v,y=uv2 implique y2/x=u2v4/(u2v)=v3,u3=x2/y donc, comme le cube est une bijection, on obtient l’unique solution:

(u,v)=(x2y3,y2x3)

on voit facilement que c’est bien une solution donc ϕ est bijective. De plus

Jϕ(u,v)=(2uvu2v22uv)

d’où det(Jϕ(u,v))=4u2v2u2v2=3u2v2>0 d’où dϕ(u,v) est un isomorphisme linéaire et le théorème d’inversion globale s’applique montrant que ϕ est un C-difféomorphisme.

On peut donc appliquer le théorème de changement de variable dans le cas positif à (x,y)1D(x,y)ex3+y3xy (produit de continue donc borélienne, et d’une indicatrice d’ouvert):

I=]0,+[21D(x,y)ex3+y3xy𝑑λ2(x,y) =]0,+[21D(ϕ(u,v))e(u2v)3+(uv2)3u3v3det(Jϕ(u,v))dλ2(u,v)
=]0,+[𝑑u]0,+[𝑑v1]0,23[(u)1]0,23[(v)eu3+v33u2v2

avec la dernière égalité utilisant aussi Fubini-Tonelli et 1D(ϕ(u,v))=1]0,23[(u)1]0,23[(v) car les deux valent 1 si et seulement si u2v4<2u2v,v2u4<2v2u soit v3<2,u3<2. Bilan, on obtient donc

I=3(]0,+[𝑑v1]0,23[(v)ev3v2)2=3([ev33]023)2=(e21)23.

Exercice 22   On pose I=0+et2𝑑t. Calculer J=]0,+[2e(x2+y2)𝑑x𝑑y en fonction de I. Calculer J en utilisant les coordonnées polaires. En déduire la valeur de I.

Exercice 23   Calculer l’intégrale Dzx2+y2𝑑x𝑑y𝑑z

D={(x,y,z)3:1<x2+y2<z2<4}.

Solution : 

On passe juste en coordonnées polaires sur x=rcosθ,y=rsinθ (avec le z inchangé, on parle parfois de coordonnées cylindriques). Comme 1D(x,y,z)zx2+y2 est borélienne comme produit d’une fraction rationnelle à dénominateur non nulle (donc une fonction continue) et d’une indicatrice d’ensemble ouvert. On obtient (en utilisant aussi que [0,+[×{0}2 est de mesure nulle pour λ3)

J=3[0,+[×{0}21D(x,y,z)|z|x2+y2𝑑λ3(x,y,z)=]0,2π[×]0,+[×|z|r2r1D(rcos(θ),rsin(θ),z)𝑑λ3(θ,r,z)

Or 1D(rcos(θ),rsin(θ),z)=1 si et seulement si 1<r2<z2<4 si et seulement si 1]1,|z|[(r)1]1,2[(|z|)=1 d’où, en utilisant aussi Fubini-Tonelli pour passer à des intégrales simples:

J=2π𝑑z1]1,2[(|z|)|z|]0,+[𝑑r1r1]1,|z|[(r)=2π𝑑z1]1,2[(|z|)|z|[ln(r)]1|z|=4π12𝑑zzln(z).

où on a utilisé que l’intégrale sur |z|]1,2[ revient à 2 fois l’intégrale sur ]1,2[. Sans même calculer l’intégrale, en remarquant juste que la fonction est continue bornée par 2ln(2), on obitnet J8πln(2)<+. La fonction de départ est donc intégrable. On pourrait reprendre le même calcul, mais vu la remarque sur la symétrie du domaine de z, il vaut mieux utiliser un argument d’imparité. On fait donc le changement de variable t=z dans le cas intégrable (de déterminant du jacobien 1 et on obtient :

I=Dzx2+y2𝑑x𝑑y𝑑z=Dtx2+y2𝑑x𝑑y𝑑t=I=0.

Exercice 24   Soit D={(x,y,z)3:0<z<x2+y2<1}.

Justifier que l’intégrale Dln(x2+y2)𝑑x𝑑y𝑑z est convergente et donner sa valeur.

Solution : 

Comme ln(x2+y2) négatif sur D, on va calculer avec une valeur absolue, mais l’intégrale voulue sera juste l’opposée. On fait le même changement de variable en cylindrique qu’à l’exercice précédent (toujours appiqué au produit d’une fonction continue et d’une indicatrice d’ouvert, donc une fonction borélienne) en remarquant que 1D(x,y,z)=1]0,r[(z)1]0,1[(r) puis en appliquant Fubini-Tonelli pour passer à des intégrales simples:

I =3[0,+[×{0}21D(x,y,z)|ln(x2+y2)|𝑑λ3(x,y,z)
=02π𝑑θ0+𝑑rr1]0,1[(r)2|ln(r)|0+𝑑z1]0,r[(z)
=4π01𝑑rr2|ln(r)|=4π0+𝑑ue3uu=4π[e3uu3e3u9]0+=4π9

où la dernière ligne vient d’un changement de variable u=ln(r) d’où du=drr. On en déduit que I est convergente et vaut I=4π9.

Exercices plus difficiles.

Exercice 25Ensemble triadique de Cantor et escalier du diable Soit Ω=[0,1], muni de la restriction de la mesure de Lebesgue λ à ([0,1]).

Si I=[a,b] est un intervalle compact de , on note I~=[a,2a+b3][a+2b3,b]I l’union d’intervalles obtenu en retirant de I l’intervalle ouvert qui a le même centre que I et dont la longueur est un tiers de celle de I.

On définit par récurrence une suite d’ensembles Cn[0,1] (tous union finie d’intervalle fermés) et de fonctions croissantes linéaires par morceau Fn:[0,1][0,1] par

  • C0=[0,1] et F0(x)=x.

  • Si Cn s’écrit comme une union finie d’intervalles fermés deux à deux disjoints : Cn=m=1NIm avec Im=[am,bm] alors Cn+1 est défini comme Cn=m=1NIm~ et

    Fn+1(x)={Fn(x)sixCnFn(am)+Fn(bm)2sixImIm~=]2am+bm3,am+2bm3[,Fn(am)+(Fn(bm)Fn(am))3(xam)2(bmam)six[am,2am+bm3],Fn(bm)(Fn(bm)Fn(am))3(bmx)2(bmam)six[am+2bm3,bm].
  1. 1.

    Montrer que Cn est compact et vérifie Cn+1Cn.

    Solution : 

    Par récurrence, on initialise à C0 compact. Par construction, I~I, donc Cn+1=m=1NIm~m=1NIm=Cn. Enfin, chaque Im~ est une union de 2 intervalles fermés donc Cn+1 est une union de 2N intervalles fermés, donc un fermé, du compact C0, donc lui-même un compact.

  2. 2.

    On pose Un=[0,1]Cn. Montrer que Cn est une union de 2n intervalles compacts deux à deux disjoints et Un est union de 2n1 intervalles ouverts deux à deux disjoints. Est-ce que Cn est borélien ?

    Solution : 

    On montre cela par induction sur n. Pour n=0, U0 est vide donc l’union de 0 intervalle disjoint, et C0=[0,1] est un intervalle.

    Si le résultat est montré au rang n, on a Cn=m=1NIm est l’union de N=2n intervalles compacts dijoint. Alors les Im~ sont disjoints, et chacun l’union de 2 intervalles compacts disjoints, leur union est union de 2.2n=2n+1 intervalles compacts disjoints. Enfin, Un+1=Unm=1NImIm~ et ImIm~ est un intervalle ouvert, disjoints entre eux et de Un donc Un+1 s’écrit comme l’union de N+2n1=2n+11 intervalles ouverts disjoints, CQFD.

    De plus Cn étant un fermé est bien un borélien.

  3. 3.

    Calculer λ(Cn), pour n.

    Solution : 

    De nouveau par récurrence, on obtient une formule λ(C0)=1 et par additivité de la mesure de Lebesgue:

    λ(Cn+1)=n=1Nλ(Im~)=23n=1Nλ(Im)=23λ(Cn)=2n+13n+1.

  4. 4.

    Posons C=n0Cn. Montrer que C est non vide et calculer λ(C). C s’appelle ensemble triadique de Cantor.

    Solution : 

    Par intersection décroissante, on a λ(C)=limnλ(Cn)=0. De plus, on a par une récurrence immediate 0Cn vu que I~ contient toujours le minimum de I, donc 0C qui est non-vide.

  5. 5.

    Montrer que la formule ϕ(A)=n=021A(n)3n+1 définit une fonction injective ϕ:𝒫()C. En déduire que C est non-dénombrable.

    Solution : 

    Voir Cours chapitre 1. Theorème 1.9.

  6. 6.

    Montrer que Fn est croissante pour tout n.

    Solution : 

    On le voit la réccurence en montrant en même temps qu’elle est continue. C’est évident pour F0. Au rang n+1, l’expression par morceau montre que Fn+1 est croissante sur chaque intervalle de définition (pente positive du coefficient directeur des fonctions affines), y compris sur chaque intervalle de Un vu qu’on sait déjà que Fn est croissante. En voyant les limites à droite et à gauche, la continuité sur les [am,bm] est facile, et la continuité en am,bm vient de celle de Fn en dehors du segment, et des limites respectives Fn(am),Fn(bm) des formules affines. Comme on a vu la continuité, la croissance se déduit de celle sur chaque intervalle fermé des Cn et de Un¯ ce qu’on vient de vérifier et ce qui conclut.

  7. 7.

    Montrer que Fn est lipschitzienne de constante K3n2n et que pour tout x[0,1],

    |Fn+1(x)Fn(x)|13.2n+1

    En déduire que Fn converge uniformément sur [0,1] vers une fonction continue F.

    Solution : 

    De nouveau, on montre Fn lipschitzienne par récurrence sur n. F0 est clairement 1-Lipchitz.

    En supposant montrer le rang n, il suffit de montrer que |Fn+1(x)Fn+1(y)|Kn+1|xy| sur chaque intervalle de définition. EN effet si on connait sur [x,c] et [c,y], on obtient

    |Fn+1(x)Fn+1(y)||Fn+1(x)Fn+1(c)|+|Fn+1(c)Fn+1(y)|Kn+1|xc|+Kn+1|cy|=Kn+1|xy|,

    et on rassemble ainsi les inégalités sur des unions d’intervalles.

    Donc on obtient

    Kn+1=max(Kn,0,(Fn(bm)Fn(an))32(bmam))max(Kn,32Kn)3n+12n+1

    Ensuite, on montre la borne sur Fn+1Fn au cas par cas selon les cas de définition de Fn+1 ainsi en se basant sur le fait que sur Im=[am,bm], Fn est linéaire donc Fn(x)=Fn(am)+(xam)bmam(Fn(bm)Fn(am)):

    Fn+1(x)Fn(x)={0sixCn(12(xam)bmam)(Fn(bm)Fn(am))sixImIm~=]2am+bm3,am+2bm3[,(Fn(bm)Fn(am))(xam)2(bmam)six[am,2am+bm3],(12+(xam)2(bmam))(Fn(bm)Fn(am))six[am+2bm3,bm].

    En utilisant la borne de Lipschitz déjà obtenu, on obtient donc (vu que la longueur des intervalle de Cn est constante, on obtient en divisant la longueur totale du 3 par le nombre d’intervalle du 2: (bmam)=λ(Cn)12n=13n

    |Fn+1(x)Fn(x)|{0sixCn|x(am+bm)2|Kn3n6.2n(bmam)16.2nsixImIm~=]2am+bm3,am+2bm3[,|(xam)2|Kn3n3.2n(bmam)16.2nsix[am,2am+bm3],|(xbm)2|Kn3n3.2n(bmam)16.2nsix[am+2bm3,bm].

    Ceci donne dans tous les cas la borne annoncée. ON en déduit donc que nFn+1Fn converge, donc al série télescopique n(Fn+1Fn) converge normalement donc uniformément. En particulier, aussi la suite Fn de fonctions continues, converge uniformément, donc sa limite F est continue.

  8. 8.

    Montrer que F(0)=0 et F(1)=1.

    Solution : 

    C’est évident car pour tout n: Fn(0)=0 et Fn(1)=1.   □

  9. 9.

    Posons U=[0,1]C. Si IU est un intervalle ouvert, montrer que F est constante sur I.

    Solution : 

    C’est facile, car U=nUn et Fn est constante sur chaque intervalle de Un, puis Fm pour mn n’est pas modifiée, donc F=Fn sur Un est donc aussi constante sur chaque intervalle de Un. En prenant l’union, on en déduit que F est constante sur les intervalles de U.

  10. 10.

    En déduire que F est dérivable sur U, n’est pas constante, mais que F(x)=0 pour λ-presque tout x[0,1]. F s’appelle escalier du diable de Cantor.

Solution : 

Une fonction constante est dérivable de dérivée nulle, donc c’est le cas de F sur chaque intervalle ouvert de U, donc F est dérivable sur U de dérivée nulle. Or λ(U)=1λ(C)=1, donc c’est le cas pour λ-presque tout x[0,1]. Enfin, vu F(0)<F(1), F n’est pas constante !

Exercices plus difficiles supplémentaires.

Exercice 26   Soient (Ω,𝒯,μ) un espace mesuré et {x}𝒯 pour tous xΩ. On dit que μ est continue si μ({x})=0} pour tout xΩ et on dit que μ est discrète s’il existe un ensemble D au plus dénombrable tel que μ(Dc)=0.

  1. 1.

    Montrer que l’équivalence des conditions suivantes:

    1. (a)

      μ est continue;

    2. (b)

      si A est une partie au plus dénombrable de Ω alors μ(A)=0;

    3. (c)

      toute partie au plus dénombrable A de Ω est μ-négligeable.

  2. 2.

    Montrer que μ est discrète si et seulement s’il existe une suite (an) de points de Ω et une suite (cn)[0,] telles que μ=𝑛cnδan.

  3. 3.

    Décrire les espaces mesurés avec μ à la fois discrète et continue.

  4. 4.

    () Supposons maintenant que μ est σ-finie. Montrer que μ s’écrit de façon unique μ=μc+μd, où μc est une mesure continue et μd est une mesure discrète.

Exercice 27() Soient (Ω,𝒯,μ) un espace mesuré et 𝒯¯={AΔN:A𝒯,Nμnégligeable}.

  1. 1.

    Montrer que 𝒯¯ est une tribu. C’est la tribu μ-complétée de 𝒯.

  2. 2.

    Soit μ¯:𝒯¯¯,AΔNμ(A),A𝒯 et N est μ-négligeable. Montrer que μ¯ est une mesure sur 𝒯¯. On obtient un espace mesuré (Ω,𝒯¯,μ¯) appelé l’espace mesuré μ-completé de (Ω,𝒯,μ).

Exercice 28  Le but de cet exercice est de montrer qu’une réunion arbitraire d’ensembles mesurables n’est pas forcément un ensemble mesurable. Soit

𝒯={A:Aau plus dénombrable ouAcau plus dénombrable }.
  1. 1.

    Montrer que 𝒯 est une tribu.

  2. 2.

    Montrer que 𝒯𝒫().

  3. 3.

    Conclure.

Exercice 29  On reprend la tribu 𝒯 de l’exercice précédent et on restreint la mesure de comptage ν sur à 𝒯. Montrer que (,𝒯,ν) est un espace mesuré qui n’est pas σ-finie.