2 Projection sur un convexe fermé

On va généraliser l’existence de projection orthogonale sur un sous-espace d’un espace euclidien d’abord au cas des convexes fermés et en dimension infinie.

★ Théorème 7.3.

Soit H un espace de Hilbert et C⊂H un convexe fermé non-vide. Pour tout f∈H il existe un unique u=PC⁢(f)∈C tel que

‖f−u‖=infv∈C‖f−v‖.

De plus c’est l’unique vecteur u∈C vérifiant la propriété caractéristique:

∀v∈C,ℜ⁡(⟨f−u,v−u⟩)≤0

Enfin, PC est une application 1-lipschitzienne appelée projection sur C.

Remarque 7.2.

Un théorème de projection similaire sur un convexe fermé est valide dans Lp⁢(Ω,𝒯,μ) pour tout 1<p<∞ (et pas seulement p=2), mais il n’y a pas de caractérisation aussi simple de la projection PC (en l’absence de produit scalaire) et la projection PC est seulement uniformément continue (et plus nécessairement Lipschitz). Mais ce résultat est beaucoup plus dur (un exercice difficile de M1 Math).

Démonstration : 

On fait une preuve directe, utilisant l’identité du parallélogramme.

Soit vn∈C tel que ‖f−vn‖→d=infv∈C‖f−v‖

En appliquant l’identité à a=f−vn,b=f−vm, on trouve :

‖f−vn+vm2‖2+‖vn−vm2‖2=12⁢(‖f−vn‖2+‖f−vm‖2)→d2.

Or par convexité vn+vm2∈C donc ‖f−vn+vm2‖2≥d2 donc

‖vn−vm2‖2≤12⁢(‖f−vn‖2+‖f−vm‖2)−d2→0.

On déduit donc que vn est de Cauchy, donc converge vers u et par continuité de la norme d=‖f−u‖.

Soit g:v↦‖f−v‖22. On peut calculer la différentielle dg(u)=ℜ(⟨f−u,.⟩). Or si g atteint son minimum en u, pour v∈C, t∈[0,1],

‖f−t⁢v−(1−t)⁢u‖22=‖f−u‖22+t2⁢‖v−u‖22−2⁢t⁢ℜ⁡(⟨f−u,v−u⟩)≥‖f−u‖22

donc 2⁢ℜ⁡(⟨f−u,t−u⟩)≤t⁢‖v−u‖22 et la limite t→0 donne l’inégalité caractéristique. Réciproquement, on a en t=1, l’inégalité qui conclut:

‖f−u‖22−‖f−v‖22=2⁢ℜ⁡(⟨f−u,v−u⟩)−‖v−u‖22≤0.

Pour voir l’unicité, si u1,u2∈C, on peut utiliser la convexité stricte sous la forme de l’identité du parallélogramme, on a

‖f−u1+u22‖2+‖u1−u22‖2=12⁢(‖f−u1‖2+‖f−u2‖2)=d2

soit comme ‖f−u1+u22‖2≥d2 on déduit ‖u1−u22‖2≤0 donc u1=u2.

Par l’unicité, PC est bien définie et il ne reste qu’à voir la lipschitizianité. En appliquant la propriété caractéristique pour f1,f2:

ℜ⁡(⟨f1−PC⁢(f1),PC⁢(f2)−PC⁢(f1)⟩)≤0,
ℜ⁡(⟨f2−PC⁢(f2),PC⁢(f1)−PC⁢(f2)⟩)≤0,

soit en additionnant :

ℜ⁡(⟨f1−f2+PC⁢(f2)−PC⁢(f1),PC⁢(f2)−PC⁢(f1)⟩)≤0

soit en utilisant Cauchy-Schwarz :

‖PC⁢(f2)−PC⁢(f1)‖2≤ℜ⁡(⟨f1−f2,PC⁢(f2)−PC⁢(f1)⟩)≤‖f1−f2‖⁢‖PC⁢(f2)−PC⁢(f1)‖.

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★ Théorème 7.4.

Soit H un espace de Hilbert et K⊂H un sous espace vectoriel fermé. Pour tout f∈H, il existe un unique u=PK⁢(f)∈K tel que

‖f−u‖2=infv∈K‖f−g‖2.

De plus c’est l’unique vecteur u∈K tel que

∀v∈K,⟨v,f−u⟩=0

Enfin, PK est une application linéaire bornée appelée projection orthogonale sur K.

Démonstration : 

Il reste à voir la nouvelle caractérisation équivalente car celle-ci étant une relation linéaire, elle impose la linéarité de PK (λ⁢PK⁢(f)+PK⁢(g) vérifie la relation pour λ⁢f+g et doit donc être par unicité PK⁢(λ⁢f+g)). La nouvelle caractérisation est plus forte. Réciproquement, si ℜ⁡(⟨f−u,v−u⟩)≤0, en prenant v=2⁢u et v=0, on trouve ℜ⁡(⟨f−u,u⟩)=0 donc ℜ⁡(⟨f−u,v⟩)≤0 pour tout v dans K donc aussi pour −v par linéarité d’où l’égalité à 0.   □

Exemple 7.5.

Si H=L2⁢(Ω,μ,ℝ)

C={f≥0p.p.}.

Alors PC⁢(f)=f⁢1{f≥0}. (exo) Trouver aussi de même la projection sur l’ensemble de f:Ω→[0,1].