1 Généralités

Soit H un espace vectoriel sur 𝕂=ℝ ou ℂ

★ Définition 7.1.

Un produit scalaire sur H est une application

⟨.,.⟩:H×H→𝕂

telle que:

  1. 1.
    ​

    pour tout y∈H, ⟨y,.⟩:H→𝕂 est linéaire

  2. 2.
    ​

    - Si 𝕂=ℝ ∀x,y∈H,⟨x,y⟩=⟨y,x⟩ (symétrie)

    - Si 𝕂=ℂ ∀x,y∈H,⟨x,y⟩=⟨y,x⟩¯ (symétrie hermitienne)

  3. 3.
    ​

    pour x∈H , ⟨x,x⟩∈ℝ+

  4. 4.
    ​

    pour x∈H , ⟨x,x⟩=0 si et seulement si x=0.

Un espace H avec un tel produit scalaire est un espace préhilbertien réel (si 𝕂=ℝ) et complexe (si 𝕂=ℂ).

On remarque que dans le cas complexe, ⟨.,y⟩ est antilinéaire, c’est-à-dire avec λ¯ le conjugué complexe,

∀x,y,z∈H,λ∈ℂ,⟨λ⁢x+z,y⟩=λ¯⁢⟨x,y⟩+⟨z,y⟩.
Exemple 7.1.

Sur H=ℓ2⁢(ℕ,ℂ):=L2⁢(ℕ,ν;ℂ) (espace L2 avec la mesure de comptage ν) on a le produit scalaire (hermitien canonique):

⟨x,y⟩=∑i∈Ixi¯⁢yi

Dans le cas réel, la même formule sans conjugaison complexe fonctionne.

Exemple 7.2.

Sur H=L2⁢(Ω,μ;ℂ) avec (Ω,μ) un espace mesuré σ-fini, on a le produit scalaire (hermitien canonique):

⟨f,g⟩=∫Ωf⁢(x)¯⁢g⁢(x)⁢𝑑μ⁢(x).
Exemple 7.3.

Sur H=C0⁢([a,b],ℂ) on a le produit scalaire:

⟨f,g⟩=∫abf⁢(x)¯g(x)dx).
Proposition 7.1.

Si H est muni d’un produit scalaire on a l’inégalité de Cauchy-Schwarz :

|⟨x,y⟩|2≤⟨x,x⟩⁢⟨y,y⟩

avec égalité si et seulement si x,y sont liés. De plus ‖x‖=⟨x,x⟩ est une norme sur H vérifiant l’identité du parallélogramme :

‖x+y2‖2+‖x−y2‖2=12⁢(‖x‖2+‖y‖2).
Démonstration : 

On a

⟨x+t⁢y,x+t⁢y⟩=‖x‖2+t2⁢‖y‖2+2⁢t⁢ℜ⁡(⟨x,y⟩)≥0

c’est un polynôme de degré 2 qui est toujours positif ou nul, donc son discriminant Δ=4ℜ(⟨x,y⟩)2−4||x||2||y||2≤0. En remplaçant y par u⁢y avec u=⟨x,y⟩¯|⟨x,y⟩| si ⟨x,y⟩≠0 on obtient

ℜ⁡(⟨x,y⟩⁢u)=|⟨x,y⟩|≤‖x‖2⁢⟨u⁢y,u⁢y⟩=‖x‖2⁢‖y‖2⁢u¯⁢u=‖x‖2⁢‖y‖2.

Le même calcul donne pour u de module 1 la norme de

‖‖y‖⁢x−u⁢‖x‖⁢y‖2=2⁢‖y‖2⁢‖x‖2−2⁢‖x‖⁢‖y‖⁢ℜ⁡(⟨x,u⁢y⟩)

qui vaut 0 si on choisit u tel que ⟨x,y⟩⁢u=|⟨x,y⟩| et que l’on est dans le cas d’égalité de C-S, ce qui donne la relation de dépendance linéaire cherchée ‖y‖⁢x−u⁢‖x‖⁢y=0. (La réciproque, c’est à dire l’égalité en cas de dépendance linéaire, est évidente).

Pour vérifier que l’on a une norme, la positivité vient de l’axiome 3, la séparation vient du dernier axiome, l’homogénéité vient de

⟨λ⁢y,λ⁢y⟩=λ¯⁢λ⁢⟨y,y⟩=|λ|2⁢⟨y,y⟩

et l’inégalité triangulaire vient d’une application de C-S :

⟨x+y,x+y⟩=‖x‖2+‖y‖2+2⁢ℜ⁡⟨x,y⟩≤‖x‖2+‖y‖2+2⁢‖x‖⁢‖y‖=(‖x‖+‖y‖)2.

Enfin, on a aussi la relation :

⟨x−y,x−y⟩=‖x‖2+‖y‖2−2⁢ℜ⁡⟨x,y⟩

soit en faisant la somme (avec l’égalité débutant le calcul pour l’inégalité triangulaire), on obtient l’identité du parallélogramme.   □

Remarque 7.1.

L’identité du parallélogramme implique que ‖x+y2‖2≥12⁢(‖x‖2+‖y‖2) avec égalité si et seulement si x=y ce qui donne un résultat de convexité (en faite stricte car l’inégalité est stricte si x≠y). (On a vu en TD que par continuité la convexité à mi point implique la convexité).

Une autre identité importante s’établit en prenant la différence des égalités donnant la preuve de l’identité du parallélogramme ci-dessus, c’est l’identité de polarisation :

ℜ⁡⟨x,y⟩=‖x+y‖2−‖x−y‖24

On retrouve aussi

ℑ⁡⟨y,x⟩=ℜ⁡⟨i⁢y,x⟩=‖x+i⁢y‖2−‖x−i⁢y‖24

d’où la formule de polarisation complexe :

⟨y,x⟩=‖x+y‖2−‖x−y‖2+i⁢‖x+i⁢y‖2−i⁢‖x−i⁢y‖24

ou encore en bref

⟨y,x⟩=14⁢∑i=03ik⁢‖x+ik⁢y‖2 (7.1)
★ Définition 7.2.

Un espace pré-hilbertien complet est appelé espace de Hilbert.

★ Théorème 7.2.

Soit (Ω,𝒯,μ) un espace mesuré. Alors H=L2⁢(Ω,𝒯,μ;𝕂) est un espace de Hilbert sur 𝕂 avec le produit scalaire défini pour f,g∈H par:

⟨f,g⟩=∫Ωf¯⁢g⁢𝑑μ.
Démonstration : 

On ne traite que le cas 𝕂=ℂ. Si f,g∈H, l’inégalité de Hölder avec p=q=2 donne f¯⁢g∈L1⁢(Ω,𝒯,μ;𝕂) et donc l’intégrale définissant le produit scalaire est bien définie. On vérifie les axiomes des produits scalaires: 1/ ⟨f,g⟩ est linéaire en la deuxième variable g par linéarité de l’intégrale.

2/ la symétrie hermitienne vient du calcul suivant:

⟨f,g⟩=∫Ωf¯⁢g⁢𝑑μ=∫Ωf⁢g¯¯⁢𝑑μ=∫Ωf⁢g¯⁢𝑑μ¯=⟨g,f⟩¯.

3/

⟨f,f⟩=∫Ω|f|2dμ=||f||22∈[0,+∞[

4/ Comme on sait déjà que ||.||2 la séparation de la norme implique que si —|f||2=0 alors f=0 (μ-presque partout c’est à dire) dans H=L2⁢(Ω,𝒯,μ;𝕂).

On a donc bien un espace pré-hilbertien, et le Théorème de Riesz-Fischer 6.7 dit que L2⁢(Ω,𝒯,μ;𝕂) est complet, donc un espace de Hilbert.   □

Exemple 7.4.

ℓ2⁢(ℕ;ℂ) sont des espaces de Hilbert (cf. chapitre 6 pour la complétude), mais pas C0⁢([a,b],ℂ) dont la complétion est l’espace de Hilbert L2⁢([a,b],λ;ℂ). La complétion d’un espace préhilbertien en tant qu’e.v.n. (cf. annexe A section 3) est toujours un espace de Hilbert.