5 Théorème de transfert

★ Théorème 4.32 (Théorème de transfert).

Soit f:(Ω,𝒯,μ)→(E,ℰ) une fonction mesurable de mesure image μf et h:(E,ℰ)→(ℝ,ℬ⁢(ℝ)) une autre fonction mesurable. Alors, si h est à valeur positive :

∫(h∘f)⁢𝑑μ=∫Eh⁢(x)⁢𝑑μf⁢(x).

De plus, si h n’est pas à valeur positive h∘f∈L1⁢(Ω,𝒯,μ) si et seulement si h∈L1⁢(E,ℰ,μf) et on a encore ∫(h∘f)⁢𝑑μ=∫h⁢(x)⁢𝑑μf⁢(x).

Autrement dit, on ramène une intégrale sur Ω à une intégrale sur ℝ :

∫Ωh⁢(f⁢(ω))⁢𝑑μ⁢(ω)=∫ℝh⁢(x)⁢𝑑μf⁢(x).
Démonstration : 

On procède comme pour la construction de l’intégrale. Si h=1B avec B∈ℰ, h∘f=1f−1⁢(B) et donc

∫h∘f⁢𝑑μ=μ⁢(f−1⁢(B))=μf⁢(B)=∫h⁢(x)⁢𝑑μf⁢(x).

Par linéarité, on obtient le cas de h étagé. Si h positive, h est la limite croissante d’une suite de fonctions étagées hn (du lemme 4.21). Comme hn⁢(x)→h⁢(x) par construction, on applique le théorème de convergence monotone aux deux mesures:

∫h∘f⁢𝑑μ=limn→∞∫(hn∘f)⁢𝑑μ=limn→∞∫hn⁢(x)⁢𝑑μf⁢(x)=∫h⁢(x)⁢𝑑μf⁢(x).

Le dernier résultat du cas intégrable est évident par le cas positif pour l’équivalence et par linéarité pour l’égalité.  □

Le résultat similaire suivant est important en probabilité. Nous avons vu la tribu engendrée par f: σ⁢(f) au lemme 4.8. Le résultat suivant donne une interprétation concrète des fonctions σ⁢(f)-mesurables.

Proposition 4.33 (Lemme de Doob-Dynkin).

Soit f une fonction mesurable, f:(Ω,𝒯,μ)→(E,ℰ), et soit σ⁢(f)={A=f−1⁢(B),B∈ℰ} la tribu engendrée par f. Alors g:Ω→(ℝn,ℬ⁢(ℝn)) est σ⁢(f)-mesurable si et seulement si il existe h:(E,ℰ)→(ℝn,ℬ⁢(ℝn)) mesurable telle que g=h∘f.

Démonstration : 

La condition suffisante est évidente car pour un borélien A, (h∘f)−1⁢(A)=f−1⁢(h−1⁢(A)) qui est mesurable car h−1⁢(A)∈ℰ car h borélienne et l’image inverse par f est alors par définition un élément de σ⁢(f).

Réciproquement, on raisonne comme pour le transfert par le cas étagé g=∑iλi⁢1Ai et Ai=f−1⁢(Bi) et alors h=∑iλi⁢1Bi convient. Sinon, si g positive, on la prend pour limite simple de gn étagée de la forme hn∘f par le cas étagé, et on pose

h⁢(x)=lim infn→∞hn⁢(x).

h convient car mesurable positive (comme lim inf de fonctions mesurables) et car g⁢(ω)=limnhn⁢(f⁢(ω))=h⁢(f⁢(ω)) vu qu’en f⁢(ω) la suite (hn) converge d’après le choix de gn. Le cas général se montre par linéarité à partir du cas positif.   □